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mars 20, 2009

Grève du 19 mars

Filed under: Non classé — sociologicus @ 10:58

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Ce jeudi 19 mars, j’ai participé à la grève nationale lancée par le mouvement intersyndical. C’est la première fois véritablement que je participe à un mouvement de grève en défilant dans les rues. Je ne sais pas ce qu’en diront les syndicats, ni même la police, mais le mouvement a été énormément suivi pour une petite ville comme Bourges, les manifestants s’étendant sur près de 1 km.

Si j’ai décidé de participer à cette grève, ce n’est pas uniquement pour défendre mes intérêts partisans, mais plus généralement pour défendre la justice sociale dans un pays qui me semble être en proie à un mouvement d’inégalitarisme de plus en plus prégnant.

Voici quelques uns de mes griefs :

1. le bouclier fiscal qui est une mesure scandaleuse en temps de crise. Certes, sa suspension serait symbolique, car l’impôt sur la fortune représente à peine 0,5% de la fiscalité en France et donc de la redistribution, mais le poids des symboles est essentiel. Un gouvernement qui méprise les symboles est un gouvernement qui va à sa perte. Tant cette mesure apparaît (à juste titre) comme une mesure d’injustice sociale au nom de la justice fiscale.

2. L’odieuse et insidieuse remise en question des droits et des libertés individuelles, qui font de la France des droits de l’Homme, au mieux un joli concept, au pire une utopie à proscrire!

3. Le démantèlement progressif et silencieux du service public. En ayant une gestion purement budgétaire, on méprise les fonctionnaires, les élèves et leurs parents. Que se passe t-il? Pour prendre un exemple que je connais bien, dans l’établissement où j’enseigne cette année, il y a trois postes et demi de professeurs de SES. L’année prochaine, il en restera 2, soit un poste et demi qui disparaît sans que les élèves, eux, ne s’évanouissent dans la nature. A raison de 28h de cours qui sautent, cela signifie 14 heures supplémentaires à se répartir à 2! Chose impossible évidemment, sauf à faire de l’école une industrie d’abattage à la chaîne. Trois classes de terminales, trois classes de première et deux (ou trois selon les effectifs) classes de secondes pour deux enseignants. Quid de la pédagogie différenciée, du traitement individuel de l’élève déjà très difficile à mettre en oeuvre avec des classes de 30 et un programme surchargé ?

La solution est simple : recruter des contractuels, c’est-à-dire des emplois précaires, plus flexibles et malléables (l’Etat est le premier employeur en France de précaires trois points devant le privé).

Mais à agir comme cela, c’est tout le service public qu’on détruit. Les contractuels sont généralement moins formés, ne connaissent pas toujours précisément les programmes, mais surtout ils sont « jetables », reconduits d’une année sur l’autre, ou non, sans aucune garantie. Pendant ce temps, on grossit le nombre d’élèves par classe pour éviter de multiplier les postes ; ce faisant, les enseignants ont moins de temps pour différencier leur pédagogie, pour prendre le temps de s’occuper de celles et ceux qui ont davantage de difficultés. De l’autre côté, certaines matières vont perdre des heures ( cela peut se justifier dans certains cas, mais mérite au moins débat), mais conservent le même programme ! On augmente la productivité de l’enseignant, en oubliant que le « produit » qu’il travaille n’est pas un objet comme les autres, ce n’est pas une marchandise standardisée, mais un individu singulier ! Conserver le même programme en diminuant le nombre d’heures ou augmenter les effectifs par classe revient à appliquer des méthodes tayloristes à l’Education Nationale, à la production de savoirs.

Ce qui compte n’est donc plus l’exigence de résultats, mais l’obligation de réduire les coûts. L’outil prime sur le produit. La forme sur le fond. La méthode de rationalisation des tâches doit s’appliquer partout. Cette approche de l’école et de l’enseignement est une approche à court terme qui cherche à réduire la masse salariale, les coûts de production, sans se soucier des conséquences sur la qualité des savoirs. L’élève n’est plus qu’une marchandise comme une autre, l’enseignant un travailleur comme un autre et l’Education Nationale une entreprise de production comme une autre. Désormais, la productivité de l’enseignant ne se mesure plus à la qualité du « produit » fourni, mais à la quantité de « produit » traité !

Tout ceci concourt à voir partir certains élèves dans les écoles privées, où les conditions de travail, les moyens, les effectifs permettent un travail meilleur. Le gouvernement déconstruit l’école de la République pour édifier une école des élites. Je ne dis pas qu’il ne faut pas réformer le système. Au contraire, je pense qu’il faut le repenser en profondeur, en lien avec l’évolution de nos sociétés, la polyvalence des sources de savoirs aujourd’hui disponibles (internet, Tv, journaux), la multiculturalité de nos élèves, l’hétérogénéité sociale, etc. Mais c’est en partant de l’élève que nous trouverons la solution. Mettre l’élève au centre oui, mais aussi au départ et à l’arrivée. Et non, à l’instar de ce qui se fait aujourd’hui, raisonner en termes exclusifs de réductions des coûts.

mars 15, 2009

marchandise et lien social

Filed under: Non classé — sociologicus @ 12:01

Dans nos sociétés marchandes, les relations sociales étaient essentiellement médiées par les objets. Objets considérés en tant que marchandises qui s’échangeaient sur un marché des biens et des services. Je propose une courte réflexion (personnelle et pas encore suffisamment travaillée) sur la transformation des liens sociaux au regard de l’évolution de la nature des marchandises dans l’échange marchand, qui s’inscrit dans une lecture marxienne (matérialiste) de la société.

Jusqu’au milieu du XX siècle, ce qui dominait était l’échange d’objet réels, matériels. Les rapports sociaux entre individus se faisaient au nom d’un échange de biens concrets essentiellement. Lorsque je rencontre mon boulanger avec qui j’ai une discussion, c’est dans le cadre d’un échange marchand où je viens lui acheter son pain ; idem pour le charcutier ou le vendeur de voiture, etc. cette marchandise est matérielle, objective et indifférenciée  (un pain reste un pain ; un frigo reste un frigo).

A partir de la seconde moitié du XX siècle, de nouvelles marchandises se sont développées. Elles existaient auparavant pour la plupart mais n’ont pu véritablement se développer qu’avec l’augmentation progressive du niveau de vie moyen, à même de faire naître de nouveaux besoins à satisfaire, c’est-à-dire à la fin des années 50 en France. Ces nouveaux besoins résultent de l’augmentation du niveau de vie : plus les revenus croissent, plus la part consacrée aux besoins secondaires et de « luxe » croît également.

Néanmoins, il s’agit bien de reconnaître ici que dans le modèle capitaliste, les besoins nouveaux qui émergent ont préalablement été conditionnés à émerger. Il n’y a pas de hasard dans les actes marchands. L’intention d’accès à la marchandise n’existe qu’à partir du moment où la marchandise désirée est objectivement accessible. Ainsi, les besoins subjectivement ressentis commandent aux actions objectives d’achat, que parce qu’initialement, les conditions objectives de ce besoin ont été mises en place par l’entreprise capitaliste. Pour le dire simplement, pas de désir sans objet du désir, pas de désir purement fantasmatique, imaginaire.

Cela revient à dire qu’il n’y a pas de besoin absolument détaché de toute marchandise objectivement accessible. L’homme ne désire que ce qu’il a ; l’imaginaire du besoin est objectivement conditionné. Il n’y apparaît pas de besoin qui ne soit potentiellement insatisfaisable (en dehors de l’incapacité économique d’y pourvoir, mais qui n’invalide pas la chose, simplement, elle reporte la réalisation effective de l’acte d’achat (désir) dans le temps.).

En outre, le développement des services comme nouveaux besoins apparaît au moment où les biens manufacturés atteignent progressivement un seuil de saturation. Les ménages sont équipés, les besoins essentiels sont globalement satisfaits pour tous. Il faut donc que le capital se renouvelle en offrant de nouvelles marchandises afin de continuer à croître.

Mais dans le même temps où ces nouvelles marchandises se développent, ce sont les relations sociales qui se modifient. Médiées par la marchandise-objet, elles se retrouvent médiées désormais par un produit éthéré, un service. La finalité n’est plus l’obtention d’un objet réel, mais l’obtention d’un service personnalisé. Là où l’objet permet la médiation dans une relation d’égal à égal, où la marchandise échangée est impersonnelle : un pain reste un pain, indépendamment de l’acheteur et du vendeur, la marchandise-service obère tout cela.

En effet, le service individualise la relation sociale : il singularise les rapports sociaux entre les hommes. Une coupe de cheveux chez untel ne sera pas identique que chez untel ; l’accueil ici sera différent de l’accueil là-bas, etc. En outre, le service est rendu à la personne, en tant qu’individu singulier. Il sera donc différencié selon le type de client, son âge, sa fonction, son sexe, etc. Alors que le boulanger vend le même pain indifféremment au paysan, à la vielle dame ou au chef d’entreprise, un salon de massage adaptera son offre à sa clientèle.

Le développement des services a donc contribué à modifier la forme et la nature des relations sociales interindividuelles. En se personnalisant, la marchandise a personnalisé les rapports sociaux. Si l’échange est la base du lien social, et si l’objet de l’échange dans nos sociétés marchandes est amené à évoluer, alors c’est le support même de l’échange qui opère une mue. Les conditions objectives de l’échange (la marchandise) tendent à modifier les formes subjectives de celui-ci (relations sociales), qui tendent donc à leur tour à renforcer la personnalisation de la marchandise échangée. (On est là dans une lecture très marxienne où l’objectif détermine le subjectif qui agit en retour dessus pour venir l’affirmer un peu plus encore : résumé succinct du matérialisme dialectique)

Ainsi, le développement des services, dans une lecture marxienne, permet d’expliquer la transformation des rapports sociaux, dans le sens d’une personnalisation grandissante et le passage des sociétés modernes de l’ère moderne à ce ce que certains appellent l’hypermodernité, ou, expression que je préfère, la seconde modernité, à partir des années 60.

Mais, au-delà de cette réflexion sur les conditions historiques d’émergence de l’individu de la seconde modernité dans les rapports sociaux, il est également important d’essayer de déceler les évolutions à venir. Si comme l’analyse le suggère, c’est au travers de l’évolution des marchandises que se décèlent en partie l’évolution des rapports sociaux, intéressons-nous alors aux nouvelles formes que pourraient prendre les marchandises dans les années à venir.

Les services, à leur tour, vont irrémédiablement connaître un seuil de saturation. Pour que le capitalisme continue à se développer, il faudra qu’il innove et invente de nouveaux besoins. Quels seront-ils? Nous pouvons déjà esquisser une hypothèse qui n’a rien de réjouissante. Aujourd’hui, certains biens ne sont pas (encore!) des marchandises, mais considérés comme des biens inaliénables (c’est-à-dire appartenant à tout le monde) : c’est le cas de l’air, de l’eau, de l’espace. À l’heure du souci écologique, ces biens communs et universels, ne risquent-ils pas de devenir l’enjeu de futures luttes pour l’appropriation?

Dans ce cas, les tentatives déjà amorcées de « droit à polluer » pour les entreprises ou de « bonus-malus » sur les véhicules automobiles peuvent être regardés comme des exemples de dérives potentielles à venir. Parce que payer un « malus » sur un véhicule polluant, c’est en définitive s’acquérir d’un droit de propriété sur l’air : c’est s’acheter une « liberté » de polluer. Liberté que l’on paie, donc bien que l’on acquiert. Le service payé devient la propriété de son utilisateur. Quand je pollue, je me fais l’acquéreur d’un « droit à polluer »; je deviens dès lors propriétaire d’une partie de l’air. Je dispose d’un droit de propriété sur une parcelle d’air à la surface de la terre.

Identiquement, le comportement vertueux récompensé entre dans la même logique : en donnant un « bonus » aux moins polluants, on offre un droit de propriété sur l’air « sain ». Ainsi, si l’idée semble séduisante, elle repose sur le même postulat initial. L’Enfer est pavé de bonnes intentions dit-on souvent. Gageons que celles-ci ne se réalisent pas.

A quand une entreprise qui vendra des bols d’air frais ? Des espaces vert et arborés ? L’accès à l’océan, etc. Et quelles conséquences, si l’on suit notre raisonnement, ces nouveaux supports de l’échange marchand auront sur les relations sociales entre les individus? La question est juste soulevée, mais mérite sans doute qu’on s’y intéresse… La révolution sociale et économique qui se met en place sur les ruines du capitalisme financier (loin d’être encore mort cependant) laisse présager un nouveau capitalisme écologique qui n’aurait rien de réjouissant en l’état.

mars 1, 2009

Pour un humanisme économique

Filed under: Non classé — sociologicus @ 1:04

La théorie économique nous enseigne que l’homme est un individu rationnel agissant dans le sens de la maximisation de son intérêt privé. Ainsi, pour l’économiste, l’homme se résume à une équation simple : c’est un fin calculateur où prime la finalité de ses actions sur les moyens de celles-ci. Ses intentions sont égoïstes et ses actes rationnels. Plus communément c’est ce qu’on appelle la théorie de l’homo economicus.

Si elle s’avère pertinente en partie : il est vrai que dans beaucoup de situations, nous agissons de manière rationnelle, il arrive aussi parfois que nos actes suivent un autre chemin, ou que les intentions qui ont commandé à ceux-ci n’opèrent pas dans dans le sens de ce que nous souhaitions au départ (effets pervers). En outre, nous pouvons décider d’agir de manière désintéressée. Si cette hypothèse n’est pas retenue par la théorie économique, elle constitue pourtant pour la sociologie une hypothèse essentielle : le don, l’acte gratuit sont des formes d’actions désintéressées de toute dimension économique.

Ainsi, militer dans une association pour défendre les droits des opprimés, se mettre au service du “bien commun”, de la chose publique, au-delà de l’intérêt personnel que l’on peut en retirer (fierté, reconnaissance, notoriété), sont des actes à dominante désintéressées, dans le sens où ces actions ne rapportent rien à la société économique. ils n’ont pas de valeur marchande.

Le don par exemple, constitue  une dimension importante des relations sociales. Offrir des fleurs lorsque l’on est invité à dîner, payer sa tournée à des amis, offrir de son temps pour réparer la voiture du voisin, etc. sont des exemples d’action gratuites, démarchandisés, hors du circuit de l’échange marchand.

Pourquoi devrait-on alors mesurer (réduire) la valeur d’un homme à sa valeur marchande, c’est-à-dire à ce qu’il permet de rapporter d’un point de vue économique. L’homme est plus que cela : il n’est pas qu’une simple “valeur marchande”.  Cette vision s’apparente à faire de l’homme non plus la fin, mais le moyen de la croissance. Or, la croissance a normalement pour but de servir l’homme ; réduire l’homme à sa seule valeur “économique” c’est inverser l’ordre des choses : c’est délibérément choisir la croissance et mettre en oeuvre tout ce qui est possible pour la maintenir, la faire progresser. L’homme devient un outil au service de la croissance économique.

Ainsi, faire de l’emploi l’alpha et l’oméga de toute politique économique, c’est prendre position pour l’économisme (faire de la production et de la création de richesse économique le but de toute chose) et laisser de côté l’humanisme (faire de la satisfaction des besoins de l’homme le but de l’action politique). Car au nom de la croissance, on précarise, on flexibilise le travail : on réduit les coûts salariaux pour permettre une meilleure productivité, donc compétitivité, donc croissance…  qui à terme devra rejaillir sur l’homme.! Mais alors pourquoi le précariser si la finalité c’est le servir? Pourquoi la croissance à tout prix qui consiste à précariser le travail si c’est l’homme qu’on veut servir en définitive ? L’homme et le travailleur seraient-ils deux entités différentes?

Une vrai politique humaniste serait alors une politique qui ne mettrait pas la croissance (au sens économique du terme) au centre de son analyse, mais l’homme. Dans ce cadre, elle n’accepterait pas une paupérisation de la condition salariale (flexibilité, précarité), au nom de l’intérêt supérieur de l’humaine condition. Elle stigmatiserait l’idée de “l’emploi a tout-prix” défendu aussi bien par la droite que par la gauche socialiste, qui en filigrane, accorde la primauté à la croissance.

Et cette politique humaniste en viendrait aussi alors à reconnaître les autres formes de “valeur” que l’homme peut prendre : valeur sociale, morale, appelons là comme on veut. Cette forme de valeur qui ne crée pas de richesse économique, mais qui crée du lien, qui maintient la solidarité, qui conforte, qui assure, qui sécurise. Au tournant de la seconde guerre mondiale, l’Etat-providence jouait ce rôle. A l’heure des sociétés individualistes, il est peut-être temps également de considérer cette activité et de trouver un moyen de la rémunérer au même titre que l’activité économique.  Car elle demeure au moins aussi importante.

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